Dansons dans la rue: manifestival éco-révolutionnaire

Manifestival éco-révolutionnaire: Danser dans la rue![1]

(Extrait de l’internationale invisible de Richard Greeman)

Danser dans la rue. Quelle meilleure illustration du potentiel d’émergence révolutionnaire de l’humanité que l’image de milliards de gens dansant dans les rues au niveau de la planète?

Les physiciens comparent volontiers ces interactions quantiques à des gens qui dansent. Alors même qu’ils se meuvent rythmiquement (fonction d’onde), les danseurs conservent leur individualité (fonction de particule) et en même temps, ils créent un nouveau système holistique émergent (la danse). Les danseurs adorent la sensation d’ « enlèvement », d’ « égarement » que leur donnent la danse, tout en les laissant conscients de leur individualité propre. Il n’y a pas de contradiction entre notre moi social et notre moi individuel. La danse elle-même émerge de notre interaction avec les autres danseurs, dont nous reproduisons les mouvements tandis qu’ils reproduisent les nôtres. Comme tous les systèmes holistiques émergents, la danse est « une totalité plus grande que la somme de ses parties. »

Il semblerait que ce type d’interraction créative réponde chez les humains à un profond besoin, si l’on en croit le brillant essai de Barbara Ehrenreich, Dancing in the streets : a History of Collective Joy (Danser dans la rue : une histoire de la joie collective). Selon elle, les religions fondées sur l’extase produite par la danse – que pratiquent encore certaines sociétés – représentent les plus anciennes expressions de la spiritualité. En revanche, au fil du temps, les pouvoirs politiques comme les religions instituées se sont acharnés à réprimer ces pratiques traditionnelles en raison de leur potentiel révolutionnaire. La réjouissance collective a été l’ennemie du pouvoir, depuis la tragique tentative du roi de Thèbes, Penthée, d’interdire le culte de Dionysos, jusqu’à la répression par le puritanisme du Carnaval participatif pour le remplacer par un spectacle et une débauche de consommation à la mode capitaliste. Ehrenreich, personnalité du mouvement socialiste américain, conclue son Histoire de la joie collective sur la vision d’un « possible renouveau », et je crois qu’elle est sur la bonne voie.

Au lieu d’une avant-garde révolutionnaire monolithique, militariste, dirigeant les masses de haut en bas vers la libération, pourquoi ne pas imaginer des multitudes, sur toute la terre, envahissant les rues sans violence pour danser, suscitant une tempête telle que même les mercenaires stipendiés des capitalistes ne pourraient que jeter leurs armes et se joindre à l’allégresse générale ! Ce ne serait pas la première fois qu’une épidémie de danse se serait propagée au monde entier. L’historien grec Plutarque évoque ces adoratrices de Dionysos appelées ménades qui, de temps à autre, plantaient là rouets et enfants pour se livrer dans les bois à une frénésie de danse. Au Moyen Âge, une « peste dansante » appelée Tanrantella se répandit de village en village à travers toute l’Italie, attirant irrésistiblement les gens dans les rues pour y danser jusqu’à tomber par terre. Jusque dans les sociétés les plus répressives, les femmes continuèrent à pratiquer leur rondes traditionnelles – et je me plais à croire que les femmes, – y compris les croyantes, seraient les premières à danser pour nous sauver de l’auto destruction.

Je les imagine, dansant avec enthousiasme, sortant de leurs cuisines, de leurs villages, de leurs bureaux, de leurs usines, partant en essaims, de plus en plus folles. Elles laisseront derrière elles les bébés, les repas, la maison, les champs. Aux mecs de se débrouiller! Et si beaucoup d’hommes se sentent irrésistiblement entraînés dans la danse, il faudra qu’ils jettent leurs armes avant qu’on les laisse participer. Les foules de danseuses et danseurs, insouciants de leur vie, finiront par désarmer l’appareil sécuritaire du système. La paix regnera. Les glaives, on les transformera en socs. L’Humanité émergera pour réparer la planète.

« La Folle Danse qui a sauvé le monde » ? Pourquoi pas, à notre époque de connectivité planétaire où les engouements, les modes et les désastres financiers se propagent littéralement à la vitesse de la lumière ? Où des mouvements sociaux s’organisent sur Facebook et des révoltes populaires se répondent de continent en continent comme des flash-mobs? Alors, plutôt que d’organiser un Parti Révolutionnaire Mondial centralisé, nous autres éco-révolutionnaires ne devrions-nous pas songer à organiser une Surprise-Partie dansante pour sauver la Planète?

[1] En 2013, cinq ans après la publication de ce Manifestival, la féministe Eve Ensler, auteure des Monologues du vagin, a organisé une manifestation internationale contre la violence faite aux femmes sous forme de danses de rue dans des centaines d’endroits dans le monde.

http://www.onebillionrising.org

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s